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L’IA fait émerger un risque de « grillage de cerveau » parmi les salariés

Bien que l’intelligence artificielle ne constitue pas un nouveau risque professionnel, elle n’est pas sans conséquence sur la santé mentale des salariés. Elle peut en effet réduire le lien social, remettre en cause des compétences voire faire planer sur certains salariés la menace d’un remplacement. Avec pour conséquence un risque de « surchauffe cognitive ».

« L’usage de l’intelligence artificielle n’a jamais été relié directement à des atteintes sur la santé des collaborateurs, mais on sait que c’est une exposition supplémentaire à un facteur de risque », observe Emmanuel Bardon. Dans le cas du salon Exprotection, qui se tiendra du 3 au 5 novembre 2026, ce consultant en organisation et RPS au sein du cabinet Nokanhui & associés partagera son analyse des impacts de l’IA au travail, fondée sur la littérature et sur les retours d’expérience des clients qu’il a accompagnés.

Complexification des tâches et isolement

Tel est le cas de cette DRH qui gère 600 salariés dans le secteur des services à la personne. Au sein de son environnement de travail, l’IA a trouvé sa place en tant qu’assistant administratif. Elle rédige des mails, des offres d’emploi ou encore, elle synthétise des comptes rendus de réunion. Un gain de temps, du moins jusqu’à ce que la DRH reçoive davantage de mails qu’auparavant. Epaulés par l’IA, ses interlocuteurs envoient des réclamations plus complexes et plus juridiques. En définitive, le travail s’est intensifié au détriment des interactions simples et rapides. Il a également perdu du sens avec moins de reconnaissance. Quant à la réduction des contacts directs, elle diminue la capacité de cette DRH à percevoir des signaux faibles au sein de son entreprise.

Rythme de production augmenté

Autre exemple avec un chef de projet digital dans une grande entreprise du secteur énergétique. Grâce à l’IA, ses équipes codent plus rapidement, ce qui a augmenté leur rythme de production. « On doit faire plus vite, dans le même temps, tout en gardant la maîtrise et la responsabilité de son livrable et de son code », pointe Emmanuel Bardon. Cette surcharge cognitive porte un nom anglo-saxon : l’« AI brain fry », autrement dit le « grillage de cerveau ». Si les métiers de la tech y sont particulièrement exposés, ce phénomène s’étend à d’autres fonctions : support, marketing, RH, ou finances. « Je pense gagner du temps, mais à la fin de la journée, je suis épuisé parce que ça m’amène à faire plus de tâches. Des tâches qui sont aussi plus polyvalentes », résume le consultant.

Moindre collaboration

Ce phénomène s’accompagne d’un recul de la collaboration au sein des organisations de travail. Moins d’interactions mais également moins d’entraide et moins de transmission des compétences. « Dans son équipe l’isolement de chacun de ses membres dégrade le lien social qui est un des facteurs de protection les plus importants dans l’entreprise », souligne l’expert. Chacun a adapté sa manière de travailler avec l’IA sans aucune réflexion collective préalable.

C’est pourquoi Emmanuel Bardon recommande aux entreprises de revoir leur organisation du travail, métier par métier. Il préconise en outre à chaque équipe des sessions régulières de partage des différents cas d’usages de l’IA. Ce travail collectif permet de retenir les meilleures pratiques tout en recréant du lien. Enfin, le consultant invite chaque salarié à s’interroger sur les compétences qu’il délègue à l’IA. « Si je résume, c’est retravailler l’organisation du travail, créer des espaces de régulation et cultiver son expertise. Et donc cela, en fait, on le connaît », rassure-t-il.

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