Le harcèlement au travail, mieux connu mais toujours tabou
Le dernier baromètre relatif au harcèlement au travail montre une meilleure connaissance de ces comportements. Les cas restent cependant nombreux parce que les salariés redoutent de s’exprimer et qu’ils ignorent parfois à qui d’adresser.
Près des trois quarts des salariés considèrent les situations de harcèlement comme répandues. 59 % estiment même qu’elles ont progressé, ces dix dernières années. Un tiers en a été directement victime. Quant au terrain concerné, il ne se limite plus au bureau puisque 28 % des victimes l’ont été dans des espaces numériques professionnels (SMS, messagerie instantanée, réseaux sociaux ou visioconférence), notamment parmi les 18-24 ans.
Tels sont les constats du baromètre Ipsos BVA réalisé pour le cabinet Qualisocial, expert en santé mentale et bien-être au travail, en partenariat avec AvoSial, syndicat d’avocats d’entreprises en droit social. Sur les 2 000 actifs interrogés, travaillant dans des entreprises d’au moins cinq salariés, la moitié a pourtant l’impression d’être bien informé sur la législation. C’est même la plus forte progression (+15 points) enregistrée depuis un précédent baromètre, datant de 2022.
Davantage d’informations mais des incertitudes
Cette connaissance n’est cependant pas suffisante pour agir. Tout d’abord, parce qu’à peine plus de la moitié des répondants caractérise correctement le harcèlement sexuel (54%) ou sexiste (52%). « Le véritable défi n’est plus seulement de faire connaître les règles, mais de permettre à chacun d’en appliquer les critères à des situations réelles. Il faut désormais former les salariés, les managers et les référents à reconnaître, qualifier et traiter les faits, à partir de cas concrets », souligne Camy Puech, président-fondateur de Qualisocial.
Ensuite, moins d’un tiers des salariés connaît l’existence d’un dispositif de signalement. « Parmi les victimes présumées, 4 % se sont tournées vers le référent harcèlement et 3 % déclarent avoir reçu son soutien » précise le baromètre.
Manque d’appui en interne
Par ailleurs, un salarié sur deux redoute qu’un signalement nuise à sa carrière (particulièrement chez les moins de 25 ans et les femmes). Sans doute parce que l’entreprise n’est pas prête à se saisir de la question. D’ailleurs, 45 % des répondants seulement estiment que leur employeur met tout en œuvre pour le prévenir. Il s’agit du plus grand recul enregistré par le baromètre (-11 points par rapport à la précédente édition).
C’est pourquoi Qualisocial et AvoSial appellent les entreprises à prendre trois mesures. En premier lieu, former leur personnel à la reconnaissance et la qualification du harcèlement. En outre, rendre accessible et confidentiel le signalement, suivi d’une enquête interne. Enfin, l’entreprise doit communiquer pour faire connaître les canaux et les référents vers lesquels pourront se tourner les victimes.

