Malaises mortels du travail : les travailleurs d’âge mur exerçant une activité physique sont les plus exposés
Près de 60 % des accidents mortels du travail résultent de malaises sans cause externe directe. Dans une récente étude, l’Institut national de recherche et de sécurité identifie les profils et les facteurs de risques. Ce qui devrait aider les entreprises à améliorer leur prévention.
Une électrocution, une hémorragie, une chute… les causes de décès au travail sont multiples et parfois évidentes à établir. Pas toujours cependant, d’après une étude que publie l’INRS. En analysant les données de la base Epicea (Etudes de prévention par l’informatisation des comptes rendus d’enquête d’accidents), entre 2023 et 2025, elle révèle que 60 % des décès dans le cadre professionnel s’apparentent à des malaises sans cause externe identifiée. « Au vu des descriptions des accidents survenus, dans plus de 8 cas sur 10, les malaises mortels correspondent à des morts subites cardiaques, dont le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde», explique dans un communiqué, Anne Bourdieu, médecin du travail et co-autrice de l’étude.
Des populations mais aussi des situations à risques
Le profil type des travailleurs exposés cible des hommes d’un âge médian de 53 ans. Parmi les métiers les plus concernés, figurent des conducteurs de poids lourds (15%) mais aussi des cadres ou des directeurs (8%), ou encore des agents d’entretien et des salariés qualifiés du bâtiment (3%). Ce n’est pas tant la profession, en tant que telle, qui expose à un risque de malaise mortel que les situations de travail. L’INRS pointe notamment l’activité physique (manutention), les horaires atypiques (travail de nuit et posté) ou encore le travail au froid ou à la chaleur. « Dans 83 % des cas, l’activité du travailleur est décrite comme habituelle », souligne la médecin de l’INRS. Facteur aggravant, « 73 % des victimes étaient seules lorsque le malaise est arrivé, sans pour autant être des travailleurs isolés à proprement parler », nuance-t-elle.
Des nouvelles cibles pour la prévention
Pour l’INRS, il convient d’agir en priorité sur les facteurs de risque cardiovasculaire d’origine professionnelle. Par exemple, en réduisant les manutentions manuelles, l’exposition au froid ou à la chaleur, en évitant les postures sédentaires, etc.
En outre, les travailleurs les plus à risque devront faire l’objet d’un suivi. « La visite de mi-carrière réalisée par les services de prévention et de santé au travail (SPST), semble un moment stratégique pour évaluer le risque cardiovasculaire du salarié, avec la réalisation d’un électrocardiogramme par exemple, et pour l’informer des symptômes qui doivent l’alerter », préconise l’auteure de l’étude. Certains signes, tels que des douleurs thoraciques, ont en effet souvent été perceptibles dans les heures ou les jours précédant le malaise, mais ignorés.
Enfin, la lutte contre les malaises mortels du travail passe par une mobilisation en interne. Les sauveteurs secouristes du travail (SST) doivent être formés pour intervenir avant l’arrivée des services de secours et gagner ainsi un temps précieux. Cet engagement doit s’étendre aux autres salariés qui devront être sensibilisés aux gestes de premiers secours. Chacun doit savoir réagir, alerter, effectuer un massage, cardiaque ou encore utiliser un défibrillateur appuie l’INRS. Une nécessité en tout cas pour augmenter les chances de survie de leurs collègues de travail au moment critique.

