Addictions en entreprise : au cœur d’une deuxième vague ?

Alors que nombre de salariés sont à nouveau en télétravail avec les mesures de confinement mises en place, le risque d’addictions pourrait lui aussi connaitre une seconde vague. Comment prévenir ce phénomène ? Des acteurs spécialisés apportent un début de réponse.  

« La personne qui est dépendante c’est celle dont tout le monde parle mais à qui on ne parle plus. » C’est par ce constat qu’Alexis Peschard, président et fondateur de GAE Conseil, cabinet d’expert de la prévention des addictions en entreprise, débute ses conférences en entreprise. Selon lui, les pratiques addictives ne sont pas assez prises au sérieux au sein du collectif de travail. Pourtant, l’alcool cause chaque année 43 000 morts. A titre de comparaison, la Covid-19 a fait 48 000 morts en France depuis le début de l’épidémie en février 2020. Quid de la consommation de tabac ? Elle provoque 75 000 décès par an. Les deux substances psychoactives que sont l’alcool et le tabac représentent à elles seules un coût social de plus de 240 milliards d’euros chaque année.

Les pratiques addictives

Comment définir les pratiques addictives ? Par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement, et la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives. Cette notion comprend à la fois les addictions aux substances psychoactives (alcool, tabac, médicaments, drogues illicites) mais également les addictions comportementales, sans substance (jeux d’argent, cyber dépendance, addiction au travail…).

Source : GAE Conseil

La situation après le 1er confinement

Selon la dernière étude menée par l’institut Odoxa pour GAE Conseil, les pratiques addictives sont en hausse depuis le premier confinement. L’isolement apporté par le télétravail a été un terreau fertile au développement des addictions. La consommation de tabac a augmenté de 24 % en un mois, celle du cannabis de 27 %, et le nombre de joueurs actifs pour le poker en ligne a doublé. Des chiffres qui ne peuvent être ignorés et requièrent une vigilance accrue de l’employeur. En effet, 75 % des salariés estiment que le télétravail renforce les risques d’addictions.

Cette période Covid a accéléré pour certaines entreprises la mise en place du télétravail. Comme pour tout changement, il y a eu une recrudescence de stress, entre les contraintes professionnelles et les contraintes personnelles, l’isolement pour certains, l’incertitude…Tout le monde peut être concerné par les pratiques addictives.

Dr Fabienne JAWORSKY, Médecin du Travail Coordonnateur Groupe Thalès

Les obligations de l’employeur

Malgré la situation exceptionnelle due au confinement, les obligations de l’employeur vis-à-vis de ses employés restent inchangées. Cette responsabilité se décline sous deux aspects principaux : le poste de travail de son salarié (ergonomie, matériels nécessaires…), et le management en distanciel (évaluer la charge de travail, le respect des temps horaires, la bonne séparation de la vie professionnelle et de la vie privée, des réunions quotidiennes pour conserver le lien social…). L’employeur doit donc s’assurer de la bonne adaptation au télétravail de son salarié. Pourtant, on constate que la détection et la prise en charge des personnes dépendantes survient souvent trop tard. Il est donc crucial de repérer les signes d’une addiction de manière précoce et de mettre en place une campagne de prévention pour libérer la parole au sein de l’entreprise. 

Les moyens de prévention

Lors de la création d’une politique de prévention des risques, il est important que les différentes parties prenantes (services de santé au travail, direction, représentants du personnel) visent le même objectif : le développement psychosocial des salariés. Il faut favoriser les compétences relationnelles et émotionnelles, afin que les problématiques d’addiction deviennent un sujet non-tabou dans l’entreprise. La libération de la parole permet d’éviter les non-dits et qu’aucune aide ne soit apportée à une personne dépendante, dont la situation est généralement connue de tous. Pour ce faire, le cabinet GAE Conseil, propose d’accompagner les employeurs par l’intermédiaire d’outils ludo-pédagogiques, afin de sensibiliser le personnel sur ce sujet. Sont par exemple utilisés un jeu géant, une conférence théâtralisée, le témoignage de patients experts, ou encore un « escape game ». 

J’interviens auprès du salarié et la relation est quasi immédiate. Je suis passée par la dépendance, j’ai le même vocabulaire qu’une personne avec des addictions. Il y a tout de suite une reconnaissance mutuelle immédiate, je parle le même langage, j’ai la même approche et je vais pouvoir témoigner de mon expérience pour pouvoir aider cette personne.

Anne Pommery de Villeneuve, Patient expert en addictologie GAE Conseil

Ces campagnes de prévention sont d’autant plus nécessaires suite à la fragilisation des usagers en télétravail durant le premier confinement. La mise en place, une seconde fois de ce système en distanciel, fait craindre une augmentation du nombre de pratiques addictives. L’avenir le dira…

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