Les conditions de travail s’améliorent sauf pour les moins qualifiés
Entre 2016 et 2024, les conditions de travail en France ont connu une légère amélioration. Cette embellie, cependant, ne profite pas aux travailleurs les moins qualifiés et les femmes rencontrent davantage de situations difficiles que les hommes, selon une récente étude.
Moins de contraintes physiques et de risques psychosociaux. Tel est le tableau que dresse la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère chargé du travail. Son analyse porte sur une période longue (2016-2024) qui va au-delà des soubresauts liés à la crise du Covid-19. Si les conditions de travail paraissent globalement stables, tous les salariés ne vivent pas la même réalité. Quatre sur dix subissent au moins trois contraintes physiques au travail mais seulement 8 % des cadres (or leur proportion augmente parmi les actifs). A l’inverse, environ deux tiers à trois quarts des ouvriers y sont exposés. C’est également le cas des employés, confrontés à une augmentation (jusqu’à 7 % pour les moins qualifiés) de cette tension.
Des rythmes moins exigeants
Les moins qualifiés bénéficient, en revanche, de la tendance générale à l’allègement des contraintes de rythme. Du moins dans le secteur privé car la tendance s’inverse dans la fonction publique. L’amélioration la plus notable concerne les ouvriers de l’industrie. Moins de dépendance immédiate vis-à-vis des collègues (-8 points), de contrôles ou de surveillance permanents exercés par la hiérarchie (-12 points). Le contrôle et le suivi informatisé s’allègent également. Quant à la pression ressentie (par rapport au rythme ou à la surcharge de travail), elle diminue. Sauf pour les cadres et les professions intermédiaires qui doivent penser à trop de choses à la fois. Quant aux employés peu qualifiés, ils subissent une pression croissante : se dépêcher, exécuter une quantité de travail excessive. Les femmes étant davantage concernées que les hommes. De même, elles pâtissent davantage d’un morcellement de leur journée de travail et de l’impossibilité de s’absenter en cas d’imprévu familial ou personnel.
Plus d’autonomie et d’apaisement
Des cadres jusqu’aux ouvriers, les conditions de travail s’améliorent en ce qui concerne l’autonomie dans l’organisation (+3 points en moyenne). Seuls les employés peu qualifiés voient cette autonomie se restreindre (-4 points). En revanche, les relations avec les collègues et les supérieurs s’améliorent pour toutes les catégories de salariés. L’isolement recule également. Les tensions n’ont cependant pas disparu avec une augmentation (+2 points) des comportements hostiles, tels que des blagues blessantes (+3 points) ou des propos obscènes (+2 points). « Les femmes restent davantage que les hommes la cible de comportements hostiles et l’écart se creuse sur la période (de 3 points d’écart en 2016 à 5 en 2024) », relève la Dares.
De meilleures conditions de travail
Qu’il s’agisse de l’utilité du travail, des valeurs, de la fierté ou encore de la reconnaissance, la situation évolue favorablement depuis 2016. Les salariés expriment cependant un manque de moyens préjudiciable à la qualité de leur travail. Ainsi, près d’un tiers juge les effectifs insuffisants. Près d’un quart manque également de temps pour s’acquitter correctement de sa tâche. Cette « qualité empêchée », concerne davantage les femmes. En revanche, de nombreux salariés se trouvent exposés à des modifications de leur environnement de travail, sans avoir été consultés, ni suffisamment informés. Une source de stress qui a des conséquences sur la soutenabilité de leur engagement. Près d’un salarié sur deux ne se sent pas capable d’effectuer le même travail jusqu’à la retraite. Et d’ailleurs, il ne le souhaite pas.

