La transparence salariale, une future source de tension au travail ?
Suite à une directive européenne, la France s’apprête à adopter une loi sur la transparence salariale. Avant même que le texte ne soit débattu au Parlement, le sujet paraît sensible. D’après une récente enquête, la désinformation et les craintes dominent parmi les salariés.
A ce stade, le projet est encore loin de se traduire par une loi applicable aux entreprises. Pourtant, sa présentation en conseil des ministres, le 9 septembre 2026, nourrit déjà des craintes sinon des fantasmes. C’est ce qui ressort d’une enquête en ligne que le cabinet How Much, spécialisé dans la construction des politiques salariales, a diligenté auprès de 3 600 actifs.
Un tourbillon d’idées fausses
A l’origine du malaise, des idées fausses répandues chez de nombreux répondants. Ainsi, 45 % croient, à tort, que la future loi obligera leur employeur à aligner tout le monde au même salaire, à poste égal. 36 % sont convaincus que chacun pourra connaître le salaire exact de son voisin de bureau. Et 32 % estiment possible la publication nominative du salaire de chaque salarié, en interne. Comme souvent avec les rumeurs, leur circulation renforce la désinformation. 26 % des salariés déclarent avoir entendu des propos exagérés ou anxiogènes tenus par des collègues. 17 % déplorent même des propos « carrément faux ».
Des réactions inappropriées
Sans connaître le contenu du futur texte, de nombreux actifs entendent s’en saisir. Ainsi, 38 % prévoient de vérifier où leur salaire se situe. Leur intérêt se porte également sur leurs collègues. 29 % souhaitent la transparence des salaires pour tout le monde. Le premier réflexe serait alors de vérifier la rémunération du patron ou du dirigeant (24%), celui d’un collègue exerçant le même travail que soi (23%) ou dont on soupçonne qu’il gagne davantage (21%). Au total, 94 % des actifs s’affirment déterminés à se mettre en quête d’informations salariales.
Une menace pour la sérénité au travail
Face à ces représentations perturbantes, 46 % des actifs souhaitent que la direction où les RH de leur entreprise prennent les devants. D’autres attendent une intervention sur le sujet de leur manager, en équipe (18%) ou encore des représentants du personnel ou des syndicats (13%).
A défaut d’encadrement du sujet en interne, 33 % des répondants redoutent des jalousies entre collègues. En outre, 21 % craignent la propagation de fausses informations. 19 % pronostiquent également une perte de confiance envers la direction. Cependant, la prise de parole des employeurs sur cette question de la transparence salariale s’annonce délicate. Plus d’un actif sur cinq assure en effet ne pas leur faire confiance pour « en parler honnêtement. »

