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Les médicaments risquent-ils de rendre malades ceux qui les produisent ?

Produire des médicaments ne serait pas sans risque. C’est du moins ce que redoutent les syndicats de salariés qui ont sollicité une expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Bien que ce risque ne soit pas avéré, il s’agit de lever le doute, à titre préventif.

L’interrogation provient des salariés eux-mêmes, relayée par des organisations CGT du secteur pharmaceutique. Existe-t-il un risque à travailler dans une usine qui produit des médicaments ? Le doute a émergé suite aux rejets de valproate de sodium dans l’environnement par l’usine Sanofi de Mourenx. En 2018, l’ONG, France nature environnement révèle ces rejets liés à la production d’un anti-épileptique, la Dépakine. Le ministère du travail saisit alors l’Anses afin d’établir une valeur biologique de référence. Pour les salariés, la question de leur protection se trouve désormais posée et surtout sans réponse certaine. Dans la saisine de l’Anses, ils déplorent l’absence d’informations et d’études sur les effets des principes actifs des médicaments. Ils redoutent également des « effets cocktail » (des interactions entre substances chimiques) ainsi que des risques d’interaction avec les traitements des salariés.

Absence de certitudes

Paradoxalement, les effets des médicaments sur les patients sont particulièrement étudiés avant leur mise sur le marché. En revanche, ils échappent à certaines obligations qui s’imposent pourtant aux autres produits chimiques. Tel est le cas des règlements Reach (Registration, evaluation and autorisation of chemicals) et CLP (Classification, labelling, packaging) qui renseignent les utilisateurs sur les dangers des produits.

Dans l’avis qu’elle vient de rendre, l’Anses préconise aux industriels de la pharmacie de renforcer et d’harmoniser une pratique déjà en vigueur, le « control banding ». Au fur et à mesure qu’ils collectent des informations sur la dangerosité d’un produit, il s’agit d’adapter les mesures de prévention, selon une valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) ou un intervalle de VLEP, provisoires. En outre, l’agence recommande d’établir une valeur limite biologique (VLB) car l’exposition des salariés est multivoie (pas seulement dans l’air). Enfin, les employeurs devront s’efforcer de réduire les expositions au niveau le plus bas possible, en-deça de ces valeurs.

Partager des informations

Par ailleurs, l’Anses souhaite que les industriels du secteur partagent ces données entre eux sous la forme d’un rapport actualisé. Ce document serait à la disposition du médecin du travail et des représentants des personnels.

En amont de la mise sur le marché d’un médicament, il serait également souhaitable que les entreprises pharmaceutiques communiquent certaines données aux services de prévention des risques professionnels. Tout comme il serait utile à la prévention que le médecin du travail puisse échanger avec son confrère, médecin traitant, à propos des salariés placés sous traitement.

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