La violence dans le monde du travail

La violence et le harcèlement dans le monde du travail sont un problème omniprésent auquel sont confrontés les travailleurs. Se manifestant sous de multiples formes – violence physique et psychologique, intimidation, harcèlement moral, violence et harcèlement sexuels, ou encore cyberintimidation – cette violence au travail peut se produire entre collègues, superviseurs et subordonnés, ou travailleurs au contact avec des clients ou du public. Manal Azzi, spécialiste de l’OIT des systèmes de sécurité et de santé au travail nous explique l’ampleur de ce phénomène en entreprise.

L’augmentation des signalements de violence et de harcèlement sur le lieu de travail a été un sujet de préoccupation ces dernières années pour de nombreux employeurs, travailleurs et gouvernements. Une étude de l’OIT a révélé que 38 % des travailleurs ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail. Une étude menée auprès de travailleurs en France a révélé qu’un travailleur sur quatre déclarait avoir été la cible de harcèlement au travail en raison de son sexe, de sa race, de son orientation sexuelle, de sa religion ou de son handicap.

Un phénomène sous-estimé

Même lorsque les taux de violence signalés augmentent, cette problématique reste très probablement sous-estimée, car de nombreux cas de violence et de harcèlement ne sont pas signalés. Au-delà des effets physiques et psychologiques de la violence subie par les victimes, une étude a révélé que beaucoup réagissaient en changeant ou en quittant leur emploi. Les femmes sont particulièrement vulnérables, car elles sont disproportionnellement exposées à la violence et au harcèlement tout en ayant, en moyenne dans le monde, les trois quarts des droits légaux des hommes. En réponse à cette menace affectant la sécurité et la santé des travailleurs, l’OIT a adopté la Convention sur la violence et le harcèlement, 2019 (n° 190) lors de sa session du centenaire en juin 2019.

Quels ont été les impacts de la crise sanitaire ?

La pandémie de Covid-19, et les nombreuses mesures mises en place pour atténuer le risque de propagation ou d’acquisition du virus au travail, ont également eu un impact sur la violence et le harcèlement. Lors de crises et d’épidémies de maladies infectieuses, le stress sur la population, accompagné des mesures mises en œuvre et des tensions sur l’économie mondiale, sont autant de facteurs qui peuvent augmenter le risque d’actes de violence et de harcèlement, tant physiques que psychologiques.

Les travailleurs des soins de santé et des secteurs jugés essentiels par le gouvernement ont également été confrontés à un risque accru de violence au travail, en raison des contacts avec le public qui pouvait être en situation de détresse en raison de manque de fournitures médicales, de l’incertitude concernant les symptômes de la maladie, ou encore des répercussions économiques provoquées par la pandémie. Tout au long de la crise sanitaire, des rapports de travailleurs de la santé et de commis d’épicerie ont mis en évidence un surcroit de violence des clients en raison des mesures prises, du manque de certaines fournitures et d’autres facteurs. Les personnes en télétravail ont pu également être exposées à un risque accru de violence domestique, en raison du confinement à domicile sur de longues périodes avec un partenaire violent. Et alors que le télétravail devient la nouvelle norme pour de nombreux travailleurs, la cyberintimidation est également susceptible d’augmenter.

Manal Azzi, spécialiste de l’OIT des systèmes de sécurité et de santé au travail 

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