Face aux accidents routiers liés au travail, l’Europe avance en ordre dispersé
A l’échelle de l’Europe, 30 à 40 % des tués sur la route effectuaient un trajet en rapport avec leur travail, qu’il s’agisse de se rendre au bureau ou à un rendez-vous professionnel, par exemple. Pour le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC), cette forte accidentalité s’explique par l’absence de politique européenne.
En matière de sécurité au travail, l’Europe aurait-elle laissé un sujet majeur dans l’angle mort de sa politique ? Le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC) vient d’alerter sur ce point dans un rapport qu’il consacre à la mortalité routière liée au travail. Sur les 2 922 victimes d’un accident de travail mortel, dénombrées entre 2020 et 2022 dans l’Union européenne, 43 % l’ont été dans les transports. Elles ont été tuées en mission ou sur le trajet entre leur domicile et leur lieu de travail.
L’ETSC s’inquiète de cette proportion élevée mais également d’une sous-estimation du phénomène. Les données officielles apparaissent en effet incomplètes, manquantes et hétérogènes selon les Etats. D’autant plus qu’il n’existe pas de définition européenne de ces accidents qui permettrait de les comptabiliser de manière cohérente et fiable. Dix pays n’ont pas de définition nationale d’un accident de la route lié au travail. Moins de la moitié demande aux forces de l’ordre de consigner le but du déplacement dans leurs rapports d’accident.
Un appel à l’Union européenne
Cette absence d’harmonisation constitue également un obstacle à l’adoption d’une politique de prévention à l’échelle européenne. « Les accidents mortels de la route liés au travail constituent un dysfonctionnement systémique que l’Europe continue d’ignorer », dénonce Antonio Avenoso, directeur exécutif de l’ETSC. Conducteurs professionnels, motocyclistes, usagers des transports en commun et particuliers meurent parce que les employeurs, les gouvernements nationaux et l’UE considèrent les risques routiers au travail comme le problème de quelqu’un d’autre. »
Faute d’harmonisation la sécurité des déplacements professionnels atteint des niveaux variables selon les pays. Ces victimes ne représentent que 10 % des tués sur les routes en Allemagne et 16 % en Italie mais 42 % en France.

